Les sourires d’aéroport.

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On s’est retrouvé un samedi matin avec des sourires d’aéroport. Ça a commencé à Orly, dans l’immensité excitante du Terminal Sud, quand on a tous compris que ça allait finalement devenir réalité. Le grand voyage à Punta Cana, tous ensemble, un peu comme autrefois…

Malgré le réveil aux aurores, on était aussi excité que dans les années 90, lorsque la Volvo familiale approchait du but tant attendu, la maison d’été où on allait passer les meilleures semaines de l’année. Cette fois, il y avait un peu plus de poussettes et de rhumatismes dans le transport, mais la même envie d’être réunis sous le soleil.

A l’arrivée, on a tous mis un peu de temps à se mettre dans l’ambiance, comme jadis. Le premier verre de rosé n’a jamais le même goût que les cocktails engloutis dans la fin des vacances. Quoiqu’il en soit, le gosier bien hydraté et les bagages libérés, on a repris naturellement nos rôles d’antan.

Il y aurait plein de choses à dire sur les vacances en famille. Sur le plaisir inégalable des enfants de retrouver leurs cousins, sur les blagues éternelles qui trouvent leur place même à des milliers de kilomètres, sur les sourires éphémères et complices qui lient une fraternité et ponctuent les discussions interminables d’une tablée de 14 personnes.  Mais moi, ce que j’ai aimé avant tout, dans ces vacances-là, ça a été le voyage dans le temps que nous aura permis de faire Punta Cana.

Ça s’est joué dans quelques moments suspendus, comme toujours. Dans cette petite heure volée, par exemple, où mon frère, ma sœur et moi, on s’est retrouvé allongé tous les trois sur un même matelas au bord de la piscine, sans nos enfants, sans personne d’autre avec nous dans l’habitacle. C’était comme avant, dans la fameuse Volvo, quand on était allongé dans le coffre géant pour faire le grand voyage estival. La seule différence, c’est qu’à l’époque, on était quatre. Le temps nous a volé notre cadet, mais il nous a laissé unis. Plus que jamais. J’aurais voulu rester allongée avec eux des heures encore, comme on rêve que les vacances ne finissent jamais…

Parmi les nombreux flash-backs, j’ai retrouvé aussi cette peur étrange de devoir lutter contre le sablier à chaque minute des vacances. Cette urgence à se lever le matin et à faire pipi en un temps record, comme si j’allais manquer quelque chose, comme si on essayait de raccourcir mon séjour avec eux, comme si c’était trop beau pour être vrai. Vite, vite, profiter à fond avant qu’un astéroïde vienne tout foutre en l’air et qu’on ait des regrets jusqu’à la fin des temps. Comme dit si bien ma sœur en citant régulièrement Patrick Bruel, « vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets ». Alors vite, baignons-nous, rions, buvons, chantons, mais ne dormons pas trop.

On a essayé de ne pas trop dormir mais, même si la fin du monde n’a pas encore eu lieu, la fin du séjour est arrivée sans qu’on puisse lutter. Il a fallu refermer les valises et gommer celles qui commençaient à se tracer sous nos yeux à l’idée même de se dire que c’était fini. Alors on a laissé s’éloigner la Volvo, on a donné à nos enfants à peu près les mêmes Gameboys que celles qu’on avait jadis pour faire passer le voyage plus vite, et on s’est dit au revoir à Orly, avec des sourires d’aéroport dans le sens du retour.

Depuis, je suis tellement en jetlag que j’ai eu envie de voter De Gaulle aux présidentielles. Mais il n’y a rien à faire, De Gaulle est mort et on est en 2017. C’était bien clair sur l’écran de la TV à 20h dimanche dernier : certaines choses sont éternelles, d’autres non.

Alors vite, baignons-nous, rions, buvons, chantons, et ne dormons pas trop.
Vive les vacances, et vive nous.

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