Le monde comme aire de jeux

Cette histoire, elle est presque impossible à raconter. Elle dépasse les romans, les séries Netflix, les mythologies.
Elle était là quand j’ai découvert les bacs à sable. On avait trois ans, on avait le monde comme aire de jeux.
Elle était là dans ma Normandie d’antan, quand on a fondé une société secrète, qui reste secrète à ce jour.
Elle était là, des années plus tard, en pension, dans le lit d’à côté.
Elle était là, dans ma chambre, pendant quelques années, comme une sœur, à s’endormir au son de mes soupirs de pré-adolescente.
Elle était là dans mes heures égarées avant la majorité, quand j’ai aimé si fort que mes ailes ont failli me porter au-delà de toute limite.
Elle était là à la seconde où j’ai eu mon bac, quand on s’est appelées et qu’on a réalisé qu’on avait exactement la même moyenne, au dixième près.
Elle était là encore après, en prépa Sciences po, puis le jour de ma rencontre avec l’homme de ma vie, puis à mon enterrement de vie de jeune fille, alors qu’elle vivait à Pékin et moi à Paris. Elle était là tout le temps. A mon mariage, et même pendant ma première grossesse, quand moi j’étais en Martinique et elle sur le route de la soie. Elle, seule en Iran, m’envoyait des mots de tout là-bas et disait qu’on vivait des chemins inédits, chacune à notre manière, mais un peu pareil et toujours liées malgré tout. Oui, c’est ce genre de nana.
Ma Perrine.
Je pourrais tout vous dire et ça prendrait un livre. Je pourrais ajouter que la cicatrice qu’elle a sur le front, et qui date de ses premières années de vie, porte la trace des mains de docteur de mon père. Je pourrais vous dire que toutes mes cicatrices d’enfant et d’ado, elle les connait par cœur.
Mais ce que je me dis surtout ce soir, c’est que malgré toutes ces années de Covid, de vide surtout, d’absence au final, j’ai quelqu’un à Bruxelles qui sait exactement qui j’étais. Quelqu’un que je connaissais si bien, avec qui j’ai parcouru les chemins mystérieux du Vietnam et bien plus. Quelqu’un à qui je pense, quand j’ai un peu mal, quand je suis perdue, parce que je sais qu’elle est là, et qu’elle saura toujours me rappeler mes racines, et ce que je fus. Ce que nous fûmes. Ce que nous serons toujours. Des amies, des sœurs, des destins mêlés.
Ma Perrine, tu me manques.
J’ai hâte de te retrouver. De nous retrouver. De nous voir dans les miroirs de nos yeux, ceux de notre enfance. D’avoir le monde comme aire de jeux.

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