
Je n’étais pas revenue en Sicile depuis 37 ans. Un monde, en somme.
Soyons honnête, je ne me souvenais pas de toute la beauté des paysages, de la saveur des plats d’ici, du joli foutoir qui donne une musique si particulière à la beauté immuable des palais d’antan.
Je savais pourtant qu’ici j’avais été heureuse, et que je le serai à nouveau. D’abord parce que c’est ici que furent fêtés mes 5 ans, et que c’est le premier anniversaire dont je me souvienne. J’ai refait mille fois cette soirée dans ma tête. Je me revois hissée sur les épaules de mon père pour souffler les bougies d’un gâteau au chocolat géant. Je peux sentir aujourd’hui encore la grande fête de cette soirée où me fût offert mon « mafiosi sicilien », sorte de santon qui m’a accompagné dans tous mes déménagements et qui trône toujours fièrement sur mon bureau.
Je savais aussi que le bonheur m’attendait ici parce que je suis d’une famille dont le cœur est italien. Dans nos plats, nos films, nos lectures, nos discussions… elle est là, notre Italie chérie. Le berceau fut normand, la berceuse italienne. Ça s’est confirmé quand j’ai booké nos billets pour Catane. C’est comme si j’avais annoncé à mon frère que je remportais le Goncourt. Comme si j’avais dit à ma sœur que je partais faire le tour du monde. Comme si j’avais confié à mes parents un secret longtemps enfoui. Excitation au sommet, aventure par procuration, bonheur partagé d’une expédition en terre promise.
Alors depuis 37 ans le voyage se prolonge.
La Sicile est pour moi cette amie d’enfance que j’aurais peu connue, finalement, mais qui ne m’aurait jamais quittée.
Me revoilà mon adorée. Me revoilà à l’aube de mes 41 ans, prête à souffler sur les bougies du temps qui s’évanouit. Avec toi je sais que ces petites flammes sont autant de jolis souvenirs qui ne disparaîtront jamais.
Merci pour la beauté de ta fête.