
Le temps est tellement plein quand elle est là. Près de moi. Avec moi. Ensemble.
Les gens nous arrêtent, nous regardent tendrement, nous interrogent : « ah oui vous êtes sœurs nan ? ». On répond en même temps. Avec le même sourire, la même grimace réjouie, le même entrain.
On est sœurs et on partage tout ce qu’on peut partager. On ne loupe rien. On ne regrettera rien. On sait ce que ça fait, les histoires de vie qui stoppent net, les coups de Trafalgar, les « si j’avais su ». Alors on ne sait pas plus que les autres, mais on fait. On vit. On ne compte pas.
Le temps est tellement plein quand elle est avec moi. Je sais que ces minutes-là sont gagnées pour l’éternité, qu’on les regardera en photos jusqu’à l’Ehpad si on a la chance d’arriver jusque-là. Qu’elle est déjà en train de les regarder dans son train, triste et satisfaite à la fois, bercée par la fatigue des jours heureux.
Vieillir est une chance. Il faut fêter ces jours qui passent. Il faut regarder « l’or du soir qui tombe » avec les gens qu’on aime, ceux qui remplissent nos heures jusqu’au bord. Et quand le train repart et les reprend, il faut savoir dire merci. Il faut pleurer un peu, rêver de la prochaine escale, puis s’imaginer répondre encore « oui, nous sommes sœurs », et sentir son cœur se gonfler de fierté…