Ma Normandie

ma normandie

Ce sont les premiers jours de froid. Je n’avais pas eu froid depuis des mois. Depuis si longtemps maintenant j’ai élu domicile sous le soleil. Les années passent dans la chaleur insouciante d’un été permanent. Ou presque. Ici on se découvre facilement. Les vêtements tombent, les peines et les joies aussi. Les âmes sont frivoles et j’ai choisi mon camp.

Ça remonte aux 1990 je crois, aux meilleurs instants de mon enfance. Il me fallait prolonger ça un peu, beaucoup, passionnément.

Mais ce matin j’ai eu un peu froid et j’ai mis un pull. Et j’ai retrouvé un peu de moi. Un peu beaucoup passionnément de mon enfance aussi. Dans ces premiers frissons de l’hiver et les photos de cheminée envoyées par ma sœur sur whatsapp, j’ai vu mon père rentrer fatigué du travail. Ma mère si douce et si belle enveloppée dans un pull lui aussi très doux et revenu à la mode en 2023. J’ai vu le pommier glacé du jardin, les vitres embuées de la 4L. J’ai senti le vent froid de Normandie frapper mes joues, entendu mon amie Perrine me dire « il faut rentrer maintenant ». Il y avait dans mes oreilles les crissements des pneus de la Volvo sur les chemins neigeux du pays de Bray. Sous mes cuisses le toboggan qui refroidit malgré les collants en laine. Dans mon esprit les dimanches « dîner goûter », le chocolat chaud et nos sourires Nesquik.

Et puis l’odeur des croustillons avant celle du vin chaud. Le pull irlandais que mes parents m’avaient offert à noël et qui reste à ce jour mon meilleur allié pour traverser l’hiver.

Je le sais, je le comprends enfin. Ces jours de froid sont finalement mes meilleurs alliés pour traverser la vie. J’ai choisi le sud mais je suis une fille du froid. Une fille de là-haut, de là où on est parfois taiseux, souvent ronchons, peut-être un peu rougeauds, et où l’on se réchauffe mystérieusement dans les silences.

Mon feu de cheminée à moi est là-bas, dans le cœur de la Normandie, cette terre dont je ne rougirai jamais.

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