La grosse horloge

Je marche dans les rues de Rouen. Au-dessus de ma tête il y a cette grosse horloge. C’est comme si elle n’avait pas bougé.

Je croise des visages familiers, je retrouve les mêmes odeurs de vin chaud et de croustillons. J’ai froid comme avant. Comme quand je me jurais que je n’habiterais pas ici plus grande. J’ai pourtant le sourire intact quand je marche dans ces ruelles.

Je rentre me mettre au chaud chez des amis chers qui nous ont prêté leur appartement pour la semaine. J’ai chaud de tous ces amis chers qui nous attendent ici.

Je vais déjeuner avec mes parents. Au « Socrate », sur ces mêmes banquettes que celles qui accueillaient mes confessions d’antan. Mon père mange paisiblement, ma mère observe et commente le décor, les assiettes, les autres. Comme avant. Dans ses mots et sa manière de parler, il y a cette grosse horloge qui se bloque encore, qui n’avance finalement pas si vite.

Les maisons sont un peu de travers, les colombages résistent. Je sens les pavés imparfaits sous mes Converse. Je sens ces 20 ans qui se sont écoulés, je sens leurs imperfections juste là sous mes pieds, je sens les semelles qui s’usent et j’aime bien leur coté patiné.

Il y a un silence ici que je ne retrouve pas à Marseille. Il y a cette cathédrale qui m’a vu grandir et que j’ai vu renaître, il y a les mêmes prières avec des visages en plus et d’autres en moins.

Je marche dans les rues de Rouen. Je marche au milieu des mes heures passées, sous ce ciel gris qui m’a fait fuir et que j’aime tant retrouver. Au-dessus de ma tête il y a cette grosse horloge, ou devrais-je dire ce « Gros horloge » pour être tout à fait exacte, ceux qui savent savent…C’est comme si elle n’avait pas bougé, et que moi j’avais fait le tour du monde, loin d’elle. Elle n’est pas rancunière, elle m’a attendue. Le temps sait attendre ceux qui s’aiment, parfois.

Je me jurais que je n’habiterais jamais ici. Je n’avais pas encore compris que quelques soient mes voyages, mes errances, mes rêves et mes préférences, une partie de moi habiterait toujours à Rouen, sous cette pendule, là où les heures ne bougeront jamais vraiment.

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