Ils sont devenus fous

lls sont devenus fous.

Ils ont tous raison. Ils ne prennent même plus la peine d’expliquer leur vérité vraiment. Ils crachent leur colère à coups de hashtags, de posts Facebook ou Instagram, ils ont leur écran pour eux. Ils ont le vide face au trop-plein. Ils sont devenus fous. Ils ont décidé de ne plus aimer leur voisin, leur frère ou leur sœur, même parfois, parce qu’ils ne pensaient pas comme eux. Parce qu’ils se sont vaccinés ou pas, parce qu’ils votent pour l’un ou pour l’autre, parce qu’ils ont mis le masque sous le nez ou leur culotte à l’envers. Ils méprisent l’avis de l’autre, ils y pensent même dans leur lit le soir, ça les empêche de dormir et pourtant, bizarrement, ça leur donne une sorte de force, comme la haine qui soulève parfois des armées.

Ils sont devenus fous.

Ils ne prennent plus le temps d’écouter de la musique, de lire des romans, d’aller courir en forêt. Ils allument leur TV ou se collent à leur PC et le monde leur semble là, juste là, dans leur salon. Ils comprennent la vie mieux que les autres parce qu’ils ont Youtube, et que Mistinguette786 a un cousin qui lui-même a une voisine dont le père a tout compris.

Ils sont devenus fous…

C’est apparu net, là, devant mes yeux, toute cette folie, quand ce matin j’ai oublié le pique-nique de mon fils un jour de grève de cantine. C’était dans les yeux de la cantinière qui contrôlait les enfants devant l’école, c’était dans sa voix, dans sa posture. Elle était prête à se battre pour un paquet de chips en moins, indignée comme l’était peut-être un jour son arrière grand-mère un jour de rationnement. J’ai fait deux pas en arrière. J’ai respiré un bon coup, j’ai dit à mon Simon qu’on irait déjeuner tous les deux, que c’était pas plus mal comme ça. Il est rentré dans l’école un peu perdu, cherchant sûrement à comprendre comment les adultes pouvaient se tromper à ce point de combat.

Je suis devenue folle.

J’ai décidé que ce midi j’irai chercher mon fils et qu’on parlera de choses inutiles. On mangera peut-être un repas non vegan avec plein de gluten et un peu trop de gras. On utilisera nos pieds pour avancer, on prendra notre temps, en essayant d’éviter les trottinettes électriques de ceux qui sont si pressés. On allumera rien d’autre que notre bonne humeur, on se fera un vrai câlin. Je me mettrai au piano et il chantera pour m’accompagner. On se réjouira du weekend qui arrive, de la chance qu’on a d’être en fait les vrais fous, dans ce monde décidément trop sérieux.

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