La dictature du bonheur

Certains naissent avec un vague à l’âme. D’autres trébuchent en chemin. Beaucoup font simplement comme ils peuvent. Parfois le « mal de vivre » chanté par Barbara s’en vient, il s’installe. Puis il disparaît, ou fait semblant de s’enfuir. Certains jours il s’en va vraiment.

Je ne connais pas vraiment tout ça. Ça pourrait paraître prétentieux, utopique, ou réfléchi. Ça ne l’est pas. J’ai la dictature du bonheur en moi. J’ai ce truc un peu tyrannique pour mon entourage qui consiste à repousser les plaintes et les cris, à lever les yeux vers ce qui est bon. Vers ce qui rend heureux. J’ai besoin de me concentrer sur ce qui va tous nous faire avancer. Je jette bien un œil sur le reste, mais sans trop y porter attention. Je me lève du pied qui souffre le moins et pose le soir en dernier celui qui se sent le mieux. Je savoure ce qui peut être apprécié, je délaisse sans même y penser ce qui est amer.
J’ai la dictature du bonheur. Parfois je craque comme tout le monde. Je râle un peu, ou beaucoup. Je m’énerve sur les faux problèmes et ressasse les bêtises. Ça me permet de continuer à avancer, encore et encore, sans passer trop de temps sur ce qui fait vraiment chuter. Mes deux jambes me maintiennent plutôt bien comme ça.

J’ai la dictature du bonheur et je cherche inconsciemment les gens qui sont comme moi. Je m’agace vite auprès de ceux qui sont dans la complainte, je chéris ceux qui portent nos rires encore plus haut. Et ce n’est pas un hasard si mon frère et ma sœur sont comme moi. Ils portent eux aussi, je crois, ce virus de l’optimisme et du verre à moitié plein. Ça devait être un moule de départ qui nous a fait comme ça. Dans notre dictature on règne à trois et ça rend les choses un peu plus démocratiques dans un monde qui vide souvent les verres un peu trop vite.

Je me rends bien compte que ce n’est pas toujours facile de vivre en dictature avec moi. Même si l’étendard est reluisant, il n’est jamais aussi beau que lorsqu’on le brandit soi-même. J’ai compris ça grâce à l’homme de ma vie. Tous les tyrans ont besoin d’un bon bras droit pour fonctionner. Et j’ai peut-être deux jambes qui marchent bien, mais sans lui elles ne me serviraient pas à grand-chose…

Je vois bien que je ne laisse pas toujours la place pour ses plaintes et ses doutes, et je sais qu’il comprend ce que ça représente pour moi. Alors il le brandit cet étendard, et mieux encore, il m’aide à porter le mien.

Cette nuit je suis restée éveillée deux heures. En le regardant dormir avec le sourire, je me disais que si ça ne devait pas toujours être facile de vivre avec un dictateur comme moi, c’était la plus belle des choses d’être mariée avec un pacifiste comme lui. A vouloir être heureux à tout prix, on en oublie parfois que les insomnies peuvent faire les plus belles nuits.

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