Bizarre.

Il se passe des choses bizarres.

Je ne parle pas du fait qu’une bonne partie de l’humanité soit enfermée chez elle, ça je pense que vous aviez remarqué. Je parle des à-côtés. De ce que ça produit chez chacun de nous.

Je parle par exemple du fait que ce matin, j’ai fait presque une demi-heure de sport sur le tapis de ma salle à manger, et que j’ai découvert que mes muscles abdominaux avaient encore quelques trucs à dire.

Je parle de mes pieds désormais plus bronzés que mon visage. En mai 1968 on disait « sous les pavés, la plage », en mars 2020 on peut désormais scander « sur les (petits) balcons, St Trop’ ». Ça nous fait une belle jambe.

Je parle aussi de mon mec devenu accro à Radio Classique. A défaut de réforme des retraites, on commence à avoir un bien meilleur aperçu de ce que ce sera une vie moins active. On n’en parle pas trop dans les médias, mais le niveau national au Scrabble s’est quand même nettement amélioré en dix jours. Ça va faire mal dans 40 ans les compét’ en Ehpad.

Je parle aussi de mon style vestimentaire de ce matin, quand je me suis endimanchée pour sortir les poubelles. C’est mon fan de musique classique qui me l’a fait remarquer. La semaine prochaine je mets des escarpins pour déboucher les toilettes. Un esprit sain dans un corps sain, qu’ils disaient.

Y’a aussi les phrases des enfants. Tandis que Simon râle contre le gouvernement qui aurait pu prolonger encore un peu plus le confinement (deux semaines c’est pas assez selon notre expert BFM TV junior), Sacha part dans des envolées lyriques. Ce matin il m’a carrément confié, alors que je l’aidais à construire une cabane : « t’es la source de ma vie ». J’avais envie de lui répondre que la source en question commençait à prendre la couleur du vin rouge avec ce coronavirus, mais comme je suis maîtresse à la maison, ça n’aurait pas été très réglementaire. Pas d’alcool pendant le travail, aurait dit Blanquer. De toute façon, l’amour se suffit à lui-même.

Il se passe des trucs pas très catholiques, ici ou ailleurs. L’ordre des choses est un peu bouleversé, l’heure d’été sonne bizarrement…

Mais ce qui est sûr, c’est que quand tout ça sera fini, la source aura vite fait d’aller se jeter dans la mer, histoire de remettre les pendules à l’heure. Et étrangement, en observant mes pieds bronzés flotter sur l’eau, je me dirai peut-être que certaines choses bizarres manqueront un peu.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s