Écrivain en herbe.

Il a ressorti sa machine à écrire. Il n’est pas du genre hyperactif. Lui, son truc, c’est plutôt qu’on le laisse tranquille. Il a compris que ça allait durer un moment, ce confinement, et ça l’a plutôt rassuré dans un premier temps. Loin de l’école, loin des dictées et des regards des autres, il a ressorti sa machine à écrire.

Il avait demandé ça à noël il y a deux ans. J’ai cru qu’il voulait faire comme moi, les parents regardent toujours leurs enfants avec une bonne dose d’égocentrisme. En fait, il ne voulait pas faire comme maman. Il avait juste trouvé le goût de l’écriture, parce que, pour l’instant, il avait un peu moins le goût des mots qui font du bruit.

Pour nous, ça a en a fait du bruit, au début. Le dimanche matin, on entendait le son de ses petits doigts de sept ans qui tapaient fermement sur la machine, ça donnait à notre appartement des airs de commissariat façon Navarro. Lui, il était loin des contraventions et des autres idées tordues d’adultes. A l’heure où certains partent à la messe, mon Sacha, il déroulait sur le papier blanc ses prières d’enfant. Sans angoisse de l’orthographe, sans crainte de la note qui tombe comme une amende qui sanctionne, il était parti dans son récit, et ça sortait comme un long poème insouciant.

Puis il l’a rangée quelque temps, sa machine à écrire. Il l’a mise de côté, l’a sortie parfois pour râler un peu, comme on soupire les soirs d’hiver. Elle est restée à l’attendre, pas rancunière. Je suis bien placée pour savoir que les pages blanches ont une patience d’or.

Et puis là, un beau jour de début de confinement, il a ressorti sa vieille complice. Il a retrouvé le goût des mots, la quiétude féconde des esprits un peu moins scolaires. Il a noirci les pages et moi je l’ai vu reprendre des couleurs. Il a trouvé des titres magiques inspirés des livres « Chair de poule » et ça me l’a donnée, à moi aussi, la chair de (maman) poule.

Il a ressorti sa machine à écrire, parce que quand le silence est dehors, son cœur à lui fait plus de bruit. Ou mieux. Certains diront qu’il est casanier, d’autres un peu timides. Moi je vous dirais, en mère égocentrique que je suis, qu’il a hérité un peu de moi, qu’il sait trouver dans le confinement d’aujourd’hui la beauté des lendemains. Nul besoin de verdure à perte de vue quand on est écrivain en herbe.

Il a ressorti sa machine à écrire alors j’ai repris ma page blanche, et avec nos deux silences acharnés, on en a fait du bruit…

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