Les collections.

Voilà presque une semaine que nos vies sont en suspens. Sans vie sociale, sans sortie improvisée, les collections prennent tout leur sens… Tous ces petits moments qu’on avait gardés soigneusement en tête ou ailleurs, qu’on accumulait parfois sans le savoir, étaient là à attendre sagement. C’est l’heure d’ouvrir un peu les tiroirs.

Ces derniers jours, j’en ai ouverts certains, des tiroirs, et j’y ai trouvé des drôleries et des douceurs que je ne pensais même pas avoir collectionnées. Au réveil, avant-hier, en me disant qu’il n’était pas nécessaire d’aller déposer les enfants à l’école, j’ai pensé à ces jours de maternelle où je déposais Simon dans sa classe. En grande section, il était au premier étage, et lui et moi on avait conclu un pacte. Quand je l’avais déposé, une fois redescendue dans la cour de récré, je devais lui envoyer un bisou sans trop savoir s’il était vraiment là à m’attendre derrière la fenêtre. Avec les reflets du soleil marseillais, je n’arrivais pas à le voir. Mais je m’y tenais quotidiennement. Un jour sur deux, il y avait un parent entre la fenêtre du premier étage et moi, et beaucoup d’entre eux ont dû penser que je leur envoyais des bisous gratuits, en mode « free hugs ». Ça a duré comme ça jusqu’à la fin de la maternelle, ce petit amour secret entre mon fils, les papas, les mamans et moi, et c’était des jolis moments. Chère association des parents d’élèves de l’école maternelle, si tu me lis, sache que mon amour était un peu détourné mais quand même très sincère.

Sans trop d’étonnement cette fois, j’ai aussi ouvert plusieurs fois le tiroir de mon Pmu du matin cette semaine. Dedans, j’y ai trouvé plein de rires, toujours les mêmes personnes adossées au comptoir, et une odeur de cigarettes recrachée par des femmes libérées de leurs enfants. J’ai sorti de son étui ma collection de thés pas très bons servis avec un grand sourire par la petite jeune qui travaille là-bas, et je les ai trouvés finalement plutôt délicieux, ces sachets. Dans ce tiroir-là, il y avait surtout la boîte à musique des conversations avec mes copines, ces voix parfois fatiguées, tristes de temps à autres, mais toujours heureuses d’être là, au Pmu, ensemble. Il était bruyant et joyeux ce tiroir, il m’a fait du bien.

Comme je suis du genre à penser à la bouffe environ 90% de la journée, j’ai aussi dépoussiéré des meubles pleins de souvenirs culinaires. J’ai ressorti toutes les merveilles apportées depuis quatre ans par notre précieuse voisine de pallier, et j’ai revu les sourires des garçons à chaque fois qu’ils les ont dégustées. J’ai revu aussi son sourire à elle et j’aurai hâte de le retrouver à 20 heures ce soir sur le balcon. Parce que même sans échanges culinaires, on partage toujours le même appétit pour les joyeux moments. J’ai bien sûr aussi déplié les souvenirs de canard aux olives de ma grand-mère, et du dernier couscous de ma mère, cuisiné quelques jours seulement avant le confinement à Marseille. Ça sentait bon dans ces meubles-là, ça m’a même permis de convaincre mon homme de faire une soirée fromages hier soir. Si tu ne viens pas au Mont d’or, le Mont d’or viendra à toi. Ça nous a fait un moment gras en plus dans notre collection, et ces meubles-là risquent de déborder un peu dans quelques semaines. Mais on fera le tri en temps voulu.

J’ai ouvert tellement de tiroirs en quelques jours que j’aurais pu oublier d’en remplir d’autres pendant ce temps-là. Mais ce ne fut pas le cas. J’ai continué à accumuler des jolies choses depuis le début de la semaine. Comme l’image de mon homme devenu peu à peu barbu, en train de prendre le soleil quelques minutes sur le rebord de la fenêtre. Et mon souvenir préféré de la semaine, c’est quand même celui de ces rendez-vous du soir si touchants pour applaudir nos héros du moment. Ces images de mon petit Simon tapant fort dans ses mains, de mon grand Sacha plus timide mais tout aussi sincère, avec les applaudissements des autres voisins en échos, et toutes ces personnes si heureuses de mettre leur nez dehors, et bien plus encore… Ces photos-là je les garderai bien au chaud pour longtemps encore, j’en suis certaine. Ça permettra de rallumer les étincelles trop fragiles qui pourraient s’éteindre naturellement au moment de la libération.

La libération… ce moment post-coronavirus, dont on ne sait pas trop ce qu’il nous offrira exactement, mais qu’on finira bien par collectionner aussi, comme d’autres trésors qui remplissent nos armoires et nos jours de disette.
Je vous laisse, j’ai une cave un peu vide de séances de sport, je vais essayer de la remplir un peu pour voir ce que ça fait. C’est étrange, si je ne viens pas à la gym, la gym ne vient jamais à moi…

Haut les cœurs, bande de collectionneurs !

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