La fête sera belle, tu verras.

La fête sera belle, tu verras…

Tu sortiras de chez toi sans masque, sans gants, et tu salueras tes voisins et même les passants, encore un peu distant peut-être, mais avec un regard complice de libération.

Tu sentiras les premières caresses du soleil de printemps, tu lèveras peut-être même ton visage vers le ciel comme un tournesol qui sait toujours où puiser son énergie. Comme cette fleur astucieuse, tu te tourneras du bon côté. Tu iras sûrement prendre quelques verres, tu savoureras les terrasses trop remplies. Tu ne te plaindras pas de ne pas trouver de place à l’ombre, tu seras prêt à t’asseoir sur le trottoir s’il le faut, juste pour être là.

Si tu as des enfants, tu les déposeras à l’école, tu retrouveras la saveur de ce doux moment où ils s’échappent vers leur autre vie, celle où ils grandissent un peu sans toi. Cette fois-là tu ne te retourneras certainement pas pour voir s’ils sont bien rentrés, ou pour faire un bisou qui s’envole au-delà du portail. Cette fois-là, c’est toi qui t’envolera vers ta nouvelle vie, celle qu’on t’avait un peu volée, et que tu trouvais parfois trop routinière.

Tu iras au travail ou ailleurs, là où tu avais dû laisser tes habitudes. Tu retrouveras Josiane, la photocopieuse, ton associé(e), la pause café, le tapotement des doigts sur les claviers, les bruits des voitures, les klaxons qui font des battles, les trop-pressés qui se battent un peu moins. Tu constateras que rien n’a bougé finalement, si ce n’est le temps, que l’on ne rattrapera pas. Tu feras le bilan des ces semaines suspendues,  t’auras des anecdotes en pagaille et peut-être quelques histoires tristes. Tu te sentiras un peu comme Tom Hanks dans « Seul au monde », survivant dans un monde qui s’agite encore. T’auras laissé filer ces heures, sans trop avoir le choix, mais t’auras sûrement compris la valeur d’une journée de liberté.

Tu auras envie de faire plein de choses, tu te découvriras hyperactif. Tu auras eu suffisamment de temps pour prévoir mille escapades et autant de rencontres, tu ne seras pas avare de bises à la française et tu trinqueras encore et encore, jusqu’à ce que tu oublies un peu tout ça. Mais tu n’oublieras pas. Tu parleras désormais comme tes grands-parents et tu diras « à l’époque du coronavirus, moi, j’étais là… », et tu te diras que t’es passé au travers d’un drôle de truc. Tu regarderas peut-être le monde un peu différemment… comme une drôle de boule remplie de réserves de papiers toilettes et d’humains assez vulnérables, un peu râleurs et souvent pressés, mais aussi parfois capables du meilleur. Tu n’auras plus les mêmes héros et tes rêves auront peut-être un peu bougé. Tu râleras encore beaucoup mais malgré tout, tu seras heureux d’être un peu plus libre, ou juste aussi libre qu’avant.

Tu rentreras chez toi après des journées aérées et bien remplies, et tu ouvriras les fenêtres pour laisser entrer l’été. Tu espéreras que l’hiver n’arrive pas trop vite, que la vie reprenne pour de bon. Tu réaliseras alors qu’elle ne s’était en fait jamais arrêtée, qu’elle t’avait juste offert l’occasion de profiter un peu mieux de tout ça, de tout ce que tu avais déjà mais qui te semblait parfois un peu pâle.

Alors tu iras te coucher, tu prieras secrètement pour que le virus de la vie reste en toi, et que celui des gens qui s’ennuient ne t’atteigne jamais. Tu seras heureux.

La fête sera belle, tu verras…  

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