Bah en fait.

Jadis, far far away dans le temps et dans l’espace, mes deux cadets voulaient toujours dormir dans ma chambre. Souvent je faisais semblant d’hésiter, juste pour savourer ce goût de monarchie absolue que me donnaient mes quelques mois de vie en plus par rapport à eux. Mais on finissait toujours par se mettre d’accord, les deux minus et moi, et malgré la promesse de ma sœur qui répétait souvent « je te jure, quand j’aura cinq ans, je dormira plus dans ta chambre », on a résisté longtemps aux nuits solitaires et à la grammaire de manière générale. 

Dans cette histoire, il n’y avait guère que notre aîné qui avait compris le sens des mots « capital sommeil », ce truc que j’ai découvert bien plus tard en même temps que les crèmes de nuit…

Ça duré comme ça pendant de longues et douces années. Des nuits entières à dormir par terre ou dans le même lit, Hortense, Augustin, mes quinze peluches de vaches normandes et moi.

C’était l’époque où je commençais toutes mes histoires par « bah en fait… » et ne les terminais jamais vraiment, certaine qu’une enfance comme celle-là n’aurait pas de limite dans le temps.

Mais malgré leur apparente inertie, mes vaches normandes ont foutu le camp avec pas mal d’autres choses  beaucoup plus vite que prévu. Du jour au lendemain, mon petit frère Augustin s’est mis à me réclamer des clopes à la place de nuitées avec moi. 

Ma sœur, elle, a fini par tenir sa promesse et troquer sa robe de chambre contre des tenues de soirées beaucoup plus chics que les miennes. 

Moi, j’ai fini par me faire une raison quand je me suis retrouvée, plus tard, à partager des nuits adolescentes avec mon petit frère, et que sa pointure 42 s’est révélée être beaucoup plus encombrante (et poilue) que toutes mes vaches normandes réunies.

Puis ils sont arrivés, mes deux mini-moi. J’ai bien essayé de leur dire une ou deux fois que le sommeil, c’est « vachement » bien aussi quand on est seul dans son lit. Mais je ne dois pas être très convaincante, parce que je retrouve chaque matin ces deux arsouilles collées-serrées dans le même plumard. Et le reste de la journée aussi d’ailleurs.

« Bah en fait », c’était une histoire qui n’était pas totalement finie…

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