Les marseillaises.

marseillaises

C’est une histoire marseillaise que vous ne trouverez pas dans les journaux. Comme tous les trésors de cette ville, elle se cache à l’abri des regards des touristes, trop pressés de constater le pire.

C’est une histoire d’amitié qui se joue en trois temps et qui commence par elle, « la mama ». C’est par elle que tout a commencé. Cette femme discrète qui m’observait à la sortie de l’école, qui a franchi un premier pas lors d’un de ces rares jours de pluie marseillais. En quelques mots sous un parapluie, notre sort était scellé.

Elle, c’est Esther. La première de mes trois perles phocéennes. Moi je l’appelle « la mama », parce que son rôle à elle, c’est d’être une mère pour tout le monde. Pour ses deux enfants bien sûr, qui jouissent de l’évidence du bonheur grâce à elle, et qui ont la chance innocente de ne pas le savoir encore tout à fait. Pour tout son entourage ensuite, et ses copines dont je fais partie. Un mot par-ci, un coup de main par-là, un bonheur de mama à distiller, l’air de rien. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie, comme toutes les mères au foyer des temps modernes, elle est un peu gênée. Elle répond : « rien ». Dans ces moments-là, j’aurais envie de répondre à sa place : « Esther rend les gens qu’elle aime heureux, c’est un métier qui se fait trop rare ». Ce que j’aime par-dessus tout chez elle, c’est qu’elle collectionne les moments. A l’image de ses bracelets Club Med qu’elle porte jusqu’à la rupture, elle franchit les jours et les nuits avec envie et humour, sans se soucier du point final… Elle a beau venir de Verdun et prononcer tous les sons « oui » en « ui », pour moi Esther c’est une personne sans qui Marseille ne serait plus tout à fait Marseille.

Grâce à la mama, j’ai rencontré Julie. Elle, c’est la grande blonde canon qui vous fait comprendre rapidement « qu’elle ne lâchera rien ». Belle et forte comme sa ville natale, on la découvre plus fragile et si douce au détour de moments privilégiés. Notre premier rendez-vous a été organisé par Esther, et j’ai tout de suite su que ça allait coller. Elle a l’assurance agréable de ces personnes qui veulent traverser la vie sans pleurnicher, tout en sachant pleurer. Quand elle s’engage dans une voie, elle « ne lâche rien ». Quand elle rit à vos côtés, elle « ne lâche rien ». Quand elle vous sent fébrile, « elle ne lâche rien ». Quand elle devient votre amie, vous savez qu’elle « ne vous lâchera pas ». Elle est de ces personnes précieuses dont on sait que, quoiqu’il arrive, la corde ne cèdera pas. Et pourtant  on devine, certains matins, ses angoisses et ses doutes, comme nous toutes. Elle concède une plainte, parfois. Elle oublie le maquillage, certains jours. Nous, on sait que ça n’est pas plus facile pour elle que pour les autres. Mais on admire sa force et sa solidité, on la cultive même. Elle est notre cri marseillais à nous, notre audace insolente dans le stade, même quand on sait qu’on va perdre.

Puis il y a la coureuse de fond. Celle qui se fait si discrète que vous auriez pu avoir le malheur de ne pas la rencontrer. Mais son endurance à toute épreuve fait qu’elle finit toujours par triompher. Cette marathonienne, c’est notre Vanessa. Une vieille amie de Julie que l’on croisait parfois près de notre QG du matin, le « PMU de la rue Paradis ». Je ne sais plus très bien comment c’est arrivé, mais Vanessa est entrée dans ma vie comme une évidence. Il y a ces personnes que vous rencontrez par hasard, et celles que vous avez l’impression de connaitre depuis toujours, comme si c’était écrit. Elle est ma « cerise su’le Sunday » comme disait un de mes profs québécois. Vanessa, c’est une de ces vraies marseillaises qui souffrent de ce que l’on fait de sa ville. Alors quand elle vous sait d’ailleurs, elle vous prend sur son aile pour que vous planiez un peu au-dessus de son Marseille à elle. Elle veut tellement vous faire plaisir qu’elle s’en oublie souvent. Quand elle parle, il y a comme une urgence de vous satisfaire, d’aller droit au but, de ne pas vous faire perdre votre temps. Alors souvent elle s’interrompt, elle se reprend, et quoiqu’il arrive le temps passé à l’écouter n’est jamais perdu. Elle aime rire à mes blagues les plus douteuses, et dans son rire il y a tant de sincérité que je sens à ses côtés une source de bonheur inépuisable. Elle est cette lumière du soir qui tombe, sereine, sur vos nuits marseillaises les plus sombres. Elle rayonne sans le savoir, comme cette ville qui fait semblant d’être mal aimée.

A chaque déménagement c’est pareil, on ne sait jamais sur qui on va tomber. Pour Marseille, quoiqu’il arrive, je sais quelle tablette de chocolat j’aurai eu la chance de déguster… Il y a quelques jours, nous fêtions toutes les quatre mon anniversaire, dans les ruelles enjouées du quartier Saint Victor. A la fin de cette soirée mémorable, dans les derniers pas qui me menaient jusqu’à mon immeuble, je sentais derrière moi les ombres de ces trois amies qui me portaient jusque chez moi. Et chez moi, aujourd’hui, c’est Marseille, grâce à ces trois filles-là.

2 réflexions sur “Les marseillaises.

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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