Le chant et les mots.

Le chant et les mots

Je n’étais pas prête. Décembre, normalement, c’est le mois des cadeaux et de l’ouverture officielle de la saison de la raclette (même pour les marseillais). On décore nos pensées comme on habille nos sapins, prêts à clignoter jusqu’à la toute fin du mois. Donc j’étais prête à clignoter, moi.

Pendant trente jours, j’avais l’intention de croire au Père noël, ou même pourquoi pas à Saint Nicolas. Et dans les jours de doute sur les icônes éternelles, je m’étais préparée à croire aux bienfaits du foie gras et à l’utilité d’un père noël miniature dégringolant la bûche en luge faite de sucre glacé. Voyez, j’étais prête à tout, mais pas à ça.

Depuis trois jours, il y a la télévision qui pleure et ça ne clignote plus dans toute la France. Du Palais Bourbon au PMU du quartier, la discographie de Johnny a remplacé la BO du gros barbu en rouge et blanc.  J’ai appris la mort de Jean d’Ormesson en ouvrant le calendrier de l’Avent Playmobil de mon fils, et franchement c’est pas du jeu. Et n’allez pas me dire que c’est un coup du Père Fouettard parce qu’on n’a pas été sage, c’est fini, je ne veux plus croire en lui non plus.

Je n’étais pas prête, et la France non plus. Si le Père noël traverse les siècles, pourquoi pas Johnny. Et quand l’Académie disait que Jean d’O était immortel, ben je crois qu’on l’avait tous un peu crue.

Soudain j’ai envie de faire comme mes enfants. Semblant… « On disait que c’était en fait David Copperfield qui avait fait disparaître Johnny.  On disait que quand tu rentres à l’Académie française, la mort, c’est pour de faux. Et puis on disait aussi que quoiqu’il arrive, la France aurait encore plein de rockers qui pourraient limite négocier une entrée au Panthéon, et plein d’écrivains adulés au point de se retrouver tatoués sur le torse du dernier chanteur à la mode… ».

Je n’étais pas prête à fredonner Johnny en pensant aux yeux bleus de d’Ormesson. Pardonnez-moi l’expression, mais tout ça n’est pas très catholique. Et à ce propos, message en aparté, mais si on peut éviter les santons Johnny dans les quelques crèches qui résistent encore, merci d’avance.

Trêve de plaisanterie. Je n’étais pas prête mais je vais faire comme tout le monde, je vais me faire une raison. En me disant qu’il y a de la beauté dans tout ça, par exemple. Car à chaque fois c’est pareil. Dans la France qui s’émeut, il y a une petite ampoule de mon cœur qui s’allume. Quand le drapeau sert de Kleenex, ça fait fondre les couleurs et au fond, ce n’est pas si mal…

Et je crois qu’elle est là, ma France. Dans ce petit coin d’amour impossible qui mêle le rock et l’Académie française, les tatouages et la littérature, le chant et les mots.

Ça y est, je crois que je clignote à nouveau.

Joyeux noël & vive le France (et au revoir, gentlemen…) !

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